REFLEXIONS

Publié le 28 Avril 2015

Et si on en revenait aux classiques.

Le nombre de chômeurs augmente de mois en mois, et ce, depuis 1975 avec des fluctuations certes, mais avec une courbe tendancielle grimpante. Pour s’en convaincre il suffit de parcourir les sites dédiés où abondent tableaux, graphiques et commentaires.

Les commentaires, parlons en. Il y a du chômage parce que la croissance est absente. Il n’y a pas de croissance parce qu’il n’y a pas assez de demande. Il n’y a pas assez de demande parce que le pouvoir d’achat stagne, ou encore, parce que nous produisons trop cher pour exporter. En conséquence, il faut baisser le coût du travail, alléger les charges des entreprises, diminuer les dépenses de l’Etat, etc.…On peut remplir des pages ce que nos distingués politiciens font depuis …longtemps.

Cependant, en y réfléchissant, on peut aisément trouver d’autres causes à ce chômage endémique.

Quand j’étais en activité durant les Trente Glorieuses et au delà, mes « supérieurs », chefs d’entreprise et autres dirigeants nommés par des conseils d’administration avaient pour ambition gagner plus et trouver les moyens pour cela. Les moyens ? Les directives étaient claires, sans ambigüité : moderniser l’outil de travail au maximum pour…supprimer de la main-d’œuvre. C’est avec regret que nous étions obligés dans les années 60 de faire venir de la main-d’œuvre de l’étranger parce que les travailleurs français étaient tous employés. Passons sur le chapitre de cette main-d’œuvre importée et de ses conséquences ultérieures désastreuses.

Je suis certain que cet état d’esprit demeure et que le travailleur reste une «variable d’ajustement » dans le fonctionnement de l’entreprise grosse, moyenne ou petite. Le but du chef d’entreprise est de gagner le plus d’argent possible et de perdurer pour en gagner davantage. Plus qu’un but, c’est un devoir vis-à vis de lui-même et des actionnaires N’allons pas chercher de la morale dans cette démarche. La philanthropie n’est pas une vertu dans le monde des affaires et la redistribution des profits à d’autres n’est pas un critère de bonne gestion. Pour s’en convaincre il suffit de voir le cours des actions des entreprises cotées en bourse grimper dès l’annonce d’une compression de personnel sur un site de production.

On nous dit que 400000 emplois ne sont pas pourvus. Supposons que d’un seul coup on résorbe ce déficit. Il resterait en gros 3 millions de sans- emplois. C’est le butoir, et rien ne pourra faire chuter ce nombre fatidique. Il faut lire, et relire entre les lignes, les articles des économistes (je veux parler des vrais professionnels de l’économie). La croissance tant espérée ne résoudra pas le problème du chômage.

Les solutions restent à trouver. Mais attention ! On ne touche pas au « social » ; c’est politiquement interdit. La formation est un atout mais encore faudrait-il qu’elle soit adaptée à la demande et qu’elle ne soit pas un pis-aller, une « astuce » pour masquer les statistiques. La réforme du Code du Travail souhaitée par les uns et décriée par les autres se fera peut-être mais lentement et son incidence engendrera mécontentement et conflits.

Reste la tarte à la crème : l’investissement. Investir pour produire plus et dans la foulée diminuer les coûts. Produire plus avec des outils modernes ne débouche pas forcément sur de l’embauche et avant d’en arriver à réduire les prix de revient pour être compétitif, favoriser la consommation intérieure plutôt qu’importer, et, exporter grâce à des prix inférieurs à ceux pratiqués par nos concurrents, la route sera longue. C’est oublier l’Europe , la mondialisation, nos coûts sociaux.

Hypothèse d’école : et si nous étions trop nombreux ? Par un coup de baguette magique on supprime (figuratif) tous les demandeurs d’emploi. Cette frange de la population n’existe plus. Que se passe-t-il ?

Il y a de 4 à 5 millions de consommateurs en moins sur le marché intérieur ; on compense par des exportations supplémentaires car les prix de revient chutent (moins de charge pour les entreprises qui « tournent » à leur régime), la croissance peut repartir. Il y a adéquation entre la production souhaitée et la main- d’œuvre pour la réaliser.

Cette hypothèse (proche du malthusianisme) est bien entendu qu’une vue de l’esprit. D’autres pays près du nôtre et confrontés aux mêmes problèmes ont résolu en partie leurs difficultés en sabrant de façon drastique les salaires et les prestations sociales des populations laborieuses, en rabotant les retraites et pensions, en créant encore plus d’inégalités entre les différentes couches de leurs populations. Il n’est pas certain que de semblables mesures soient tolérées dans notre pays quand bien même elles semblent déboucher sur un mieux économique là où elles sont mises en application. Mais à quel prix !

En y réfléchissant bien, supprimer ou pour le moins réduire les coûts divers (salaires, prestations sociales, retraites et pensions) équivaut à supprimer des gens. Non ?

Rédigé par LOUIS de SAINT-AOÜT

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